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La furie de M. Robitaille

Dans Le Devoir aujourd’hui, Antoine Robitaille signe un éditorial qui renvoie à un texte publié sur le site tonhistoireduquebec.ca en juin 2015. Revoici ce texte. Au lecteur de se faire une idée.

L’AVENIR DU QUÉBEC

ENTRE HISTOIRE ET PATRIOTISME

Jocelyn Létourneau

(juin 2015)

À l’occasion de la Fête des Patriotes (mai 2015), Pierre-Karl Péladeau déclarait sans ambages : «Si les Québécois connaissaient bien leur histoire, ils seraient indépendants». Il ajoutait : «Dieu sait si les commentateurs sont nombreux à nous reprocher de parler de notre histoire, de parler de la bataille des Plaines d’Abraham, de parler du Traité de Paris. Pourtant, c’est ce qui nous motive encore aujourd’hui à continuer à nous battre.»[1]

Dans un éditorial où il identifiait les défis à venir du nouveau chef du PQ, Antoine Robitaille affirmait de son côté, après avoir vanté l’«enracinement» de PKP et son amour de l’histoire, que pour faire croître le sentiment souverainiste au Québec, «M. Péladeau devra réussir à communiquer son patriotisme.»

L’une et l’autre position devrait inquiéter.

L’APPEL DE L’HISTOIRE

En prétendant que les Québécois ne connaissent pas leur histoire, PKP répète le poncif de la Coalition pour l’histoire et le truisme de son membre le plus influent, Éric Bédard, avec qui il entretient des liens serrés[2]. L’affirmation ne repose pourtant sur aucune étude sérieuse. Elle tient à l’idée que si une personne ne peut répondre à des questions triviales (ex. : «Qui fut le premier premier ministre du Québec ?»), elle est ignare sur le plan historique. Des dizaines de recherches effectuées à travers le monde ont pourtant montré que les jeunes, en matière de connaissances et de représentations historiques, étaient bien moins incultes qu’on ne le croyait… si tant est que l’on se donnait les moyens d’accéder à leur bagage de savoirs.

Ce que j’ai fait dans le cas des jeunes Québécois[3]. Pour découvrir que non seulement ces derniers n’étaient pas amnésiques, mais que les connaissances et représentations qu’ils possédaient étaient précisément – ô paradoxe ! – celles que MM. Péladeau et Bédard voulaient leur inculquer sans ménagement, que ce soit par le biais de L’histoire du Québec pour les Nuls[4], à travers le programme d’histoire en voie d’élaboration ou par des usages du passé aussi critiquables que ceux mis en avant par le gouvernement Harper.

Le défi de l’enseignement de l’histoire à l’école n’est pas de faire des jeunes des férus de l’indépendance nationale, mais, entre autres choses, de développer leur esprit critique par rapport à toute vision qui se donne pour évidente et qui vise à transformer les élèves en petits patriotes embrigadés dans quelque idée, dessein ou destin à tout prix.

L’APPEL AU PATRIOTISME

La question du patriotisme est celle qu’Antoine Robitaille, dans un dilettantisme surprenant, abordait dans un éditorial récent du Devoir [5]. Avançant (de nouveau) l’idée que les Québécois, les jeunes en particulier, sont en voie de déracinement et qu’ils se complaisent dans l’avenir, dans l’international et dans l’indifférence (mais où trouve-t-on des preuves de tout cela ailleurs que chez les essayistes aux idées surfaites ?), il pose une question de militant : «Comment prôner la souveraineté du Québec en cette époque oublieuse, en cette nation qui semble se désintéresser d’elle-même et de son État ?»

Sa réponse, qu’il suggère d’ailleurs à M. Péladeau, est la suivante : en affermissant le patriotisme des jeunes – par l’histoire peut-on penser, M. Robitaille ayant été un farouche partisan des idées prônées par la Coalition pour l’histoire[6] ; M. Robitaille ayant également, en marge de l’événement Le Moulin à parole, sur les plaines d’Abraham en septembre 2009, publié ces lignes qui secouent : «Samedi et dimanche [les 12 et 13 septembre 2009], une chose rare s’est fait voir : un public respectueux, attentif, presque studieux. C’est ce qu’on devrait prendre le temps de faire dans les écoles : lire des textes. Donner la parole à nos grands morts : ce sont les meilleurs professeurs. Un peuple qui ne connaît pas ses morts a du mal à vivre.»[7]

La convergence des idées de MM. Péladeau et Robitaille interpelle : est-on sur le point, au Québec, de revenir à une conception de l’histoire et de son enseignement qui visent à raviver le patriotisme des jeunes et leur amour des morts en vue de les amener, pour le dire comme l’ancien ministre Pierre Duchesne, qui voulait instaurer un cours d’histoire nationale obligatoire dans les cégeps, « à faire des choix porteurs pour la société québécoise ?»[8]

Si la réponse à cette question est Oui, l’horizon s’annonce brun.

[1] Des notes infrapaginales ont été ajoutées à la suite de la publication originale de ce billet. Philippe Teisceira-Lessard, «Le PQ doit parler d’histoire, dit Péladeau», Cyberpresse, 18 mai 2015.

[2] Vincent Marissal, «Le choc, la charge, la charte», La Presse, 31 mars 2014. Voir aussi Philippe Teisceira-Lessard, «Dons aux aspirants chefs du PQ : Quebec Inc. appuie Péladeau», La Presse, 6 mars 2015.

[3] Jocelyn Létourneau, Je me souviens ? Le passé du Québec dans la conscience de sa jeunesse, Montréal, Fides, 2014.

[4] Éric Bédard, L’histoire du Québec pour les Nuls, Paris, Éditions First, 2012.

[5] Antoine Robitaille, «Deux défis», Le Devoir, 19 mai 2015.

[6] Entre autre témoignages éloquents : Antoine Robitaille, «Programme d’histoire revus : occasion à saisir», Le Devoir, 4 septembre 2013 ; Id., «Enseignement de l’histoire : attaque injuste», Le Devoir, 4 décembre 2013.

[7] Antoine Robitaille, blogue «Mots et maux de la politique», Le Devoir, 14 septembre 2009.

[8] Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie [Pierre Duchesne], «Implantation d’un cours d’histoire du Québec contemporain au collégial», s.d. [vers septembre 2013], 2 pages.

@ Voir

Nouveau texte: La renationalisation de l’histoire québécoise. Récit d’une OPH (Opération Publique d’Histoire) de son initiation à sa consécration

Libre d’accès: L’école et la nation

Une vieille question, si nationale. « Et d’abord, l’école n’est pour rien dans la création de la nation française », affirme d’emblée Antoine Prost. Pourtant, en France, dès lors que la société et le pouvoir politique s’interrogent sur la nation et ses troubles, c’est à l’école qu’ils posent la question de l’identité collective et de sa construction, c’est vers elle qu’ils se tournent pour rechercher les responsabilités, imaginer les solutions. Ainsi, ce livre interroge, en s’en détachant,...

« Une vieille question, si nationale. « Et d’abord, l’école n’est pour rien dans la création de la nation française », affirme d’emblée Antoine Prost. Pourtant, en France, dès lors que la société et le pouvoir politique s’interrogent sur la nation et ses troubles, c’est à l’école qu’ils posent la question de l’identité collective et de sa construction, c’est vers elle qu’ils se tournent pour rechercher les responsabilités, imaginer les solutions. Ainsi, ce livre interroge, en s’en détachant,… »

Nouveau texte disponible / Pour une pragmatique de l’enseignement de l’histoire du Québec

Plan de cours : Revisiter l’histoire du Québec (HST-3900 / Hiver 2015 / #ULaval)

Plan de cours : Revisiter l’histoire du Québec (HST-3900)

Objectif. Ce cours s’adresse à ceux qui se destinent à l’enseignement de l’histoire du Québec au cycle secondaire. Il entend permettre à ses participants de développer des modes de compréhension du passé québécois qui leur fasse voir autrement l’expérience historique de cette société pour la présenter de manière inaccoutumée à leurs élèves.

Version PDF téléchargeable

Dans la revue Formation et profession

Recension du livre Je me souviens?

Depuis quelques années, l’enseignement de l’histoire fait l’objet d’un vif débat dans le système éducatif québécois (secondaire et collégial), notamment sur le plan des contenus des programmes, et précisément sur la place puis l’importance à accorder à la question de l’identité. Au moment où l’on s’interroge sur le passé du Québec dans la conscience des jeunes, nous pensons que le livre de Létourneau vient à point nommé. En effet, l’auteur tente de mettre la lumière sur les représentations que les jeunes Québécois se font du passé de leur société. L’ouvrage rend compte d’une recherche qui porte sur une problématique très actuelle et qui suscite beaucoup d’intérêt dans le champ de la didactique de l’histoire. Nous nous permettrons de produire ici une recension relativement courte du livre de Létourneau pour mettre un accent sur les dimensions essentielles de la démarche de recherche et sur les enseignements tirés de ses résultats.

Pour lire la suite…