Archives de Tag: France

Un symposium le 18 mai @ Montréal

Penser l’intervention éducative dans le cadre d’un « écosystème d’apprentissage » : le cas de l’histoire nationale, en comparaisons internationales

L’intervention éducative des formateurs en classe fait depuis longtemps l’objet d’études minutieuses pour optimiser les conditions d’apprentissage des élèves. Il n’est pas une action de l’enseignant qui n’ait été appréciée dans ses tenants et aboutissants. Cependant, dans l’examen des mérites et des lacunes de l’intervention éducative, certains processus et contextes exogènes à la classe et à la prestation du maître, qu’il s’agisse des savoirs sociaux acquis par le jeune ou de sa capacité à reconfigurer les savoirs reçus, demeurent négligés. À la suite d’enquêtes en France, au Québec et en Ontario français menées auprès d’élèves invités à raconter l’histoire de leur pays comme ils l’entendaient, ce qui nous a permis de mettre au jour ce qui constitue leur conscience historique, le symposium traitera les dynamismes d’apprentissage formels et informels des sujets-apprenants et envisagera leurs implications pour l’intervention éducative. L’analyse des récits d’élèves montre que l’on ne peut comprendre ces dynamismes sans les resituer dans le cadre d’un « écosystème d’apprentissage » où le jeune est aussi un acteur de sa formation. La prise en compte de l’expérience sociale des sujets-apprenants dans la problématique de l’intervention éducative semble ainsi une des conditions de réussite de l’apprentissage scolaire, selon des formes que le symposium explorera.

Pour en savoir plus.

Écho du livre Lantheaume-Létourneau dans Le Monde des livres, Le Figaro, BMFTV et L’OBS

Les jeunes Français méconnaîtraient l’histoire de France. Pire, ils apprendraient à l’école à en avoir honte, ressassent depuis des années les adeptes du déclinisme. L’élection présidentielle approchant, la polémique est relancée à droite.

Dans leur course à la primaire, plusieurs candidats en appellent au retour du « récit national » en classe, à une célébration du passé glorieux de la France et de ses héros dont ils déplorent le prétendu oubli, sinon le dénigrement, dans les programmes scolaires. Il s’agirait de lutter contre le délitement du sentiment d’appartenance nationale, favorisé selon eux par l’école.

A ces discours alarmistes, la recherche vient d’apporter un démenti. Non seulement les élèves connaissent l’histoire de France et en partagent un récit commun, mais ils en ont une vision laïque, optimiste et empreinte de fierté. C’est ce que montre Le Récit du commun, un ouvrage collectif sous la direction d’une spécialiste française des sciences de l’éducation, Françoise Lantheaume, et d’un historien canadien, Jocelyn Létourneau. Y sont exposés les résultats d’une vaste enquête – lancée en 2011-2012 dans quatre pays européens, dont la France – visant à évaluer ce que les jeunes retiennent du passé national.

http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/10/20/l-histoire-de-france-sans-nuances-des-jeunes_5016813_3260.html

Si, pour la majorité des élèves, la Gaule apparaît comme point de départ de l’histoire de France, beaucoup d’autres commencent au premier roi des Francs, à Hugues Capet, voire au XVIIe siècle. L’origine de leur histoire n’est donc pas si évidente. Limite de cette étude, elle ne s’est pas attachée à la précision des connaissances des élèves. « Il y a des connaissances, mais aussi beaucoup d’erreurs et de fantaisie, avec l’association de Zidane à la Révolution, par exemple, en lycée professionnel!» note Françoise Lantheaume.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/10/17/01016-20161017ARTFIG00314-les-jeunes-francais-fiers-de-leur-histoire.php

La fierté de l’Histoire de France, c’est d’abord une question de dorures pour Nadia, en 4ème, qui se dit séduite par Louis XIV: « C’est mon roi préféré. J’aime bien son surnom de Roi Soleil ». De Louis XIV à Louis XVI, il n’y a qu’un siècle. Une période que Rémy porte dans son cœur: « La prise de la Bastille, c’est important. Les pauvres n’avaient pas les mêmes égalités que les riches. S’il n’y avait pas eu cet événement, aujourd’hui on n’en serait pas là ».

http://rmc.bfmtv.com/emission/les-jeunes-francais-fiers-de-l-histoire-de-leur-pays-ca-les-fait-rever-1047988.html

Au panthéon des personnages les plus cités figurent, dans l’ordre, Louis XIV (1.320 occurrences), Napoléon, Charlemagne, Louis XVI, Clovis, De Gaulle, Hitler et… Nicolas Sarkozy. L’enquête s’est déroulée fin 2011 début 2012, pendant la campagne présidentielle, « et les enfants vivent dans le présent », note la chercheuse.

Au-delà de ces figures reviennent souvent « les paysans » et « les aristocrates ». Mais les groupes les plus fréquents sont « le peuple », « les Français », « les rois » (« tous les Louis », écrit un élève), « les femmes » et « les Allemands ».

Loin d’une histoire marquée par la culpabilisation, comme l’affirment certains responsables politiques, la France est souvent présentée comme victime, notamment au XXe siècle.

http://tempsreel.nouvelobs.com/topnews/20161013.AFP9619/education-quand-les-petits-francais-racontent-l-histoire-de-leur-pays.html

De l’intérêt (en France) des recherches semblables à celles que je mène au Québec…

dans Libération du 8 octobre :

« Les chercheurs se sont fait conter l’histoire nationale par 6 600 jeunes de 11 à 19 ans. Cette étude, d’une ampleur inédite, coordonnée par le laboratoire Education, Cultures, Politiques (ECP) de l’université Lyon-II, montre que le roman national existe bel et bien. Et il est aussi vivace, que progressiste. Les valeurs républicaines en constituent la trame narrative. L’enquête a été menée en métropole mais aussi à la Réunion, puis en Suisse, en Allemagne et en Catalogne. »

– sur Médiapart :

« C’est un ouvrage inédit. Le fruit de quatre années d’enquête à partir de près de 7000 récits d’élèves de 11 à 18 ans. Et les résultats devraient permettre de ne plus spéculer ni sur le roman national ni sur les (mé)connaissances des élèves. Du moins si l’on fait pacte de bonne foi. »

– entretien au « Café pédagogique » :

« Les jeunes Français ont-ils tout désappris de leur histoire nationale ? Ignorent-ils les Grands Hommes ? Partagent-ils encore une mythologie (un roman) nationale ?  Françoise Lantheaume et Jocelyn Letourneau ont réuni une équipe de spécialistes pour dépouiller une énorme enquête réalisée auprès de 7000 élèves âgés de 11 à 19 ans. Les résultats sont surprenants. Un siècle plus tard, Lavisse n’est pas mort. Napoléon fait encore vibrer..« 

Participation à un Colloque international le 19 et 20 mai à l’Ifé – ENS de Lyon

affiche_colloque_ECP-2014_vdef2 (1)

Le récit historique est associé à des volontés politiques d’en faire un instrument pour une politique étatique et/ou un soutien à des revendications minoritaires. Trouvant désormais toute sa place dans le travail des historiens, l’École à son tour revalorise le récit comme moyen d’apprentissage de l’Histoire. Le récit connaît, par ailleurs, des formes diverses selon le support, les intentions, et les usages sociaux. La question du récit historique rencontre également un des thèmes du débat public sur la difficulté à construire un sentiment d’appartenance dans des sociétés divisées. L’École, en général, et l’enseignement de l’Histoire en particulier, sont volontiers pointés du doigt comme incapables d’y contribuer à la hauteur des attentes des politiques ou des groupes en demande de reconnaissance. Ces critiques reposent sur l’idée d’une transmission verticale et descendante de savoirs historiques qui échoueraient à être la source d’un récit historique commun favorisant le « vivre ensemble ». Le projet de recherche pluridisciplinaire et international (Allemagne, Catalogne, France, Québec, Suisse) mis en place par le laboratoire Éducation, Cultures, Politiques (ECP) avec le soutien de l’Ifé-ENS de Lyon, a inversé la question en recueillant des récits élaborés par des élèves de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur dans différents pays. L’enquête visait à identifier les modalités, les formes, les productions, les origines d’une mémoire historique faisant « sens commun » dans les récits d’élèves, en dehors d’une situation d’évaluation scolaire. Les résultats de l’enquête donnent à voir une forme scolaire du récit historique largement réinterprétée dans le temps et dans l’espace, sous des influences diverses (contexte, territoire, variables sociologiques) avec cependant des éléments convergents témoignant d’une construction « par en bas » d’un récit commun comme en témoignent, par exemple, les 5883 récits français. Le colloque présente les premiers résultats de cette enquête à partir de thèmes transversaux et organise la confrontation entre les différentes réalités nationales ou infranationales. Il est l’occasion de soumettre ces résultats à la discussion et d’interroger les pratiques de recherche, d’enseignement et de formation.

Programme.

Source : Ifé – ENS de Lyon