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Un symposium le 18 mai @ Montréal

Penser l’intervention éducative dans le cadre d’un « écosystème d’apprentissage » : le cas de l’histoire nationale, en comparaisons internationales

L’intervention éducative des formateurs en classe fait depuis longtemps l’objet d’études minutieuses pour optimiser les conditions d’apprentissage des élèves. Il n’est pas une action de l’enseignant qui n’ait été appréciée dans ses tenants et aboutissants. Cependant, dans l’examen des mérites et des lacunes de l’intervention éducative, certains processus et contextes exogènes à la classe et à la prestation du maître, qu’il s’agisse des savoirs sociaux acquis par le jeune ou de sa capacité à reconfigurer les savoirs reçus, demeurent négligés. À la suite d’enquêtes en France, au Québec et en Ontario français menées auprès d’élèves invités à raconter l’histoire de leur pays comme ils l’entendaient, ce qui nous a permis de mettre au jour ce qui constitue leur conscience historique, le symposium traitera les dynamismes d’apprentissage formels et informels des sujets-apprenants et envisagera leurs implications pour l’intervention éducative. L’analyse des récits d’élèves montre que l’on ne peut comprendre ces dynamismes sans les resituer dans le cadre d’un « écosystème d’apprentissage » où le jeune est aussi un acteur de sa formation. La prise en compte de l’expérience sociale des sujets-apprenants dans la problématique de l’intervention éducative semble ainsi une des conditions de réussite de l’apprentissage scolaire, selon des formes que le symposium explorera.

Pour en savoir plus.

La furie de M. Robitaille

Dans Le Devoir aujourd’hui, Antoine Robitaille signe un éditorial qui renvoie à un texte publié sur le site tonhistoireduquebec.ca en juin 2015. Revoici ce texte. Au lecteur de se faire une idée.

L’AVENIR DU QUÉBEC

ENTRE HISTOIRE ET PATRIOTISME

Jocelyn Létourneau

(juin 2015)

À l’occasion de la Fête des Patriotes (mai 2015), Pierre-Karl Péladeau déclarait sans ambages : «Si les Québécois connaissaient bien leur histoire, ils seraient indépendants». Il ajoutait : «Dieu sait si les commentateurs sont nombreux à nous reprocher de parler de notre histoire, de parler de la bataille des Plaines d’Abraham, de parler du Traité de Paris. Pourtant, c’est ce qui nous motive encore aujourd’hui à continuer à nous battre.»[1]

Dans un éditorial où il identifiait les défis à venir du nouveau chef du PQ, Antoine Robitaille affirmait de son côté, après avoir vanté l’«enracinement» de PKP et son amour de l’histoire, que pour faire croître le sentiment souverainiste au Québec, «M. Péladeau devra réussir à communiquer son patriotisme.»

L’une et l’autre position devrait inquiéter.

L’APPEL DE L’HISTOIRE

En prétendant que les Québécois ne connaissent pas leur histoire, PKP répète le poncif de la Coalition pour l’histoire et le truisme de son membre le plus influent, Éric Bédard, avec qui il entretient des liens serrés[2]. L’affirmation ne repose pourtant sur aucune étude sérieuse. Elle tient à l’idée que si une personne ne peut répondre à des questions triviales (ex. : «Qui fut le premier premier ministre du Québec ?»), elle est ignare sur le plan historique. Des dizaines de recherches effectuées à travers le monde ont pourtant montré que les jeunes, en matière de connaissances et de représentations historiques, étaient bien moins incultes qu’on ne le croyait… si tant est que l’on se donnait les moyens d’accéder à leur bagage de savoirs.

Ce que j’ai fait dans le cas des jeunes Québécois[3]. Pour découvrir que non seulement ces derniers n’étaient pas amnésiques, mais que les connaissances et représentations qu’ils possédaient étaient précisément – ô paradoxe ! – celles que MM. Péladeau et Bédard voulaient leur inculquer sans ménagement, que ce soit par le biais de L’histoire du Québec pour les Nuls[4], à travers le programme d’histoire en voie d’élaboration ou par des usages du passé aussi critiquables que ceux mis en avant par le gouvernement Harper.

Le défi de l’enseignement de l’histoire à l’école n’est pas de faire des jeunes des férus de l’indépendance nationale, mais, entre autres choses, de développer leur esprit critique par rapport à toute vision qui se donne pour évidente et qui vise à transformer les élèves en petits patriotes embrigadés dans quelque idée, dessein ou destin à tout prix.

L’APPEL AU PATRIOTISME

La question du patriotisme est celle qu’Antoine Robitaille, dans un dilettantisme surprenant, abordait dans un éditorial récent du Devoir [5]. Avançant (de nouveau) l’idée que les Québécois, les jeunes en particulier, sont en voie de déracinement et qu’ils se complaisent dans l’avenir, dans l’international et dans l’indifférence (mais où trouve-t-on des preuves de tout cela ailleurs que chez les essayistes aux idées surfaites ?), il pose une question de militant : «Comment prôner la souveraineté du Québec en cette époque oublieuse, en cette nation qui semble se désintéresser d’elle-même et de son État ?»

Sa réponse, qu’il suggère d’ailleurs à M. Péladeau, est la suivante : en affermissant le patriotisme des jeunes – par l’histoire peut-on penser, M. Robitaille ayant été un farouche partisan des idées prônées par la Coalition pour l’histoire[6] ; M. Robitaille ayant également, en marge de l’événement Le Moulin à parole, sur les plaines d’Abraham en septembre 2009, publié ces lignes qui secouent : «Samedi et dimanche [les 12 et 13 septembre 2009], une chose rare s’est fait voir : un public respectueux, attentif, presque studieux. C’est ce qu’on devrait prendre le temps de faire dans les écoles : lire des textes. Donner la parole à nos grands morts : ce sont les meilleurs professeurs. Un peuple qui ne connaît pas ses morts a du mal à vivre.»[7]

La convergence des idées de MM. Péladeau et Robitaille interpelle : est-on sur le point, au Québec, de revenir à une conception de l’histoire et de son enseignement qui visent à raviver le patriotisme des jeunes et leur amour des morts en vue de les amener, pour le dire comme l’ancien ministre Pierre Duchesne, qui voulait instaurer un cours d’histoire nationale obligatoire dans les cégeps, « à faire des choix porteurs pour la société québécoise ?»[8]

Si la réponse à cette question est Oui, l’horizon s’annonce brun.

[1] Des notes infrapaginales ont été ajoutées à la suite de la publication originale de ce billet. Philippe Teisceira-Lessard, «Le PQ doit parler d’histoire, dit Péladeau», Cyberpresse, 18 mai 2015.

[2] Vincent Marissal, «Le choc, la charge, la charte», La Presse, 31 mars 2014. Voir aussi Philippe Teisceira-Lessard, «Dons aux aspirants chefs du PQ : Quebec Inc. appuie Péladeau», La Presse, 6 mars 2015.

[3] Jocelyn Létourneau, Je me souviens ? Le passé du Québec dans la conscience de sa jeunesse, Montréal, Fides, 2014.

[4] Éric Bédard, L’histoire du Québec pour les Nuls, Paris, Éditions First, 2012.

[5] Antoine Robitaille, «Deux défis», Le Devoir, 19 mai 2015.

[6] Entre autre témoignages éloquents : Antoine Robitaille, «Programme d’histoire revus : occasion à saisir», Le Devoir, 4 septembre 2013 ; Id., «Enseignement de l’histoire : attaque injuste», Le Devoir, 4 décembre 2013.

[7] Antoine Robitaille, blogue «Mots et maux de la politique», Le Devoir, 14 septembre 2009.

[8] Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie [Pierre Duchesne], «Implantation d’un cours d’histoire du Québec contemporain au collégial», s.d. [vers septembre 2013], 2 pages.

Participation à un Colloque international le 19 et 20 mai à l’Ifé – ENS de Lyon

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Le récit historique est associé à des volontés politiques d’en faire un instrument pour une politique étatique et/ou un soutien à des revendications minoritaires. Trouvant désormais toute sa place dans le travail des historiens, l’École à son tour revalorise le récit comme moyen d’apprentissage de l’Histoire. Le récit connaît, par ailleurs, des formes diverses selon le support, les intentions, et les usages sociaux. La question du récit historique rencontre également un des thèmes du débat public sur la difficulté à construire un sentiment d’appartenance dans des sociétés divisées. L’École, en général, et l’enseignement de l’Histoire en particulier, sont volontiers pointés du doigt comme incapables d’y contribuer à la hauteur des attentes des politiques ou des groupes en demande de reconnaissance. Ces critiques reposent sur l’idée d’une transmission verticale et descendante de savoirs historiques qui échoueraient à être la source d’un récit historique commun favorisant le « vivre ensemble ». Le projet de recherche pluridisciplinaire et international (Allemagne, Catalogne, France, Québec, Suisse) mis en place par le laboratoire Éducation, Cultures, Politiques (ECP) avec le soutien de l’Ifé-ENS de Lyon, a inversé la question en recueillant des récits élaborés par des élèves de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur dans différents pays. L’enquête visait à identifier les modalités, les formes, les productions, les origines d’une mémoire historique faisant « sens commun » dans les récits d’élèves, en dehors d’une situation d’évaluation scolaire. Les résultats de l’enquête donnent à voir une forme scolaire du récit historique largement réinterprétée dans le temps et dans l’espace, sous des influences diverses (contexte, territoire, variables sociologiques) avec cependant des éléments convergents témoignant d’une construction « par en bas » d’un récit commun comme en témoignent, par exemple, les 5883 récits français. Le colloque présente les premiers résultats de cette enquête à partir de thèmes transversaux et organise la confrontation entre les différentes réalités nationales ou infranationales. Il est l’occasion de soumettre ces résultats à la discussion et d’interroger les pratiques de recherche, d’enseignement et de formation.

Programme.

Source : Ifé – ENS de Lyon

Participation au colloque international « Quand les élèves racontent l’histoire nationale, questions à l’enseignement », Lyon, 19 et 20 mai 2014.

« Après trois ans de travail de collecte de récits chez des élèves de 6ème, de Seconde, de lycée généraux, technologiques, et professionnels  ; dans différentes académies de métropole et d’Outre-mer, au Québec,  en Catalogne, en Allemagne et en Suisse  (6000 récits) ; après deux années de dépouillement, codages et analyses,  les résultats de la grande enquête lancée par l’Université Lyon2 et l’IFE-ENS seront rendus publics à l’occasion d’un grand colloque dont vous trouverez le programme ci-dessous :

QUAND LES ÉLÈVES RACONTENT L’HISTOIRE NATIONALE,  QUESTIONS À L’ENSEIGNEMENT

 Demande d’inscription

 Dates : 19 et 20 mai 2014

 Lieu : Ifé-ENS Lyon

 Colloque international organisé par le laboratoire Éducation, Cultures, Politiques (ECP) (Lyon 2, Ifé-ENS de Lyon, UJM Saint-Etienne) en partenariat avec l’Institut français de l’Éducation (Ifé-ENS de Lyon), les universités de Barcelone, de Bourgogne, de Corse, de Genève, de Laval à Québec, de la Réunion. »

19 mai 2014 – 09h30-12h30

Jocelyn Létourneau, université Laval, Québec

« De la conscience historique des jeunes Québécois : enseignements d’une recherche pionnière »

Pour la suite, cliquer sur l’image suivante.

létourneau colloque lyon

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Conférence : Les récits et les mises en texte du passé, Université de Genève,12/09/2013

Cliquer sur l'image pour lire le programme

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L’histoire comme passage

Jocelyn Létourneau, «L’histoire comme passage», Cahiers de la Fondation Trudeau, 4, 1 (2012), p. 43-61.

Dans ce texte personnel et exploratoire, Jocelyn Létourneau aborde une question délicate et périlleuse : comment, par la mise en récit de ce qui fut (ce qu’on appelle l’histoire), servir la cause de l’Homme sans desservir celle de la science ? Le postulat de départ est le suivant : il est plusieurs façons valides et valables de rendre compte de ce qui fut. Dans ce contexte, quelle histoire construire du passé ? L’argumentation développée dans l’article consiste à baliser l’espace réflexif de l’historien en reconnaissant à son travail interprétatif une utilité sociale modérée : celle de rappeler à quel point le passé est avant tout affaire de changement, ce qui restaure le pouvoir de l’espoir sur l’espoir des pouvoirs ; et celle de montrer à quel point, si on aborde le passé dans le foisonnement de sa diversité, il se présente comme un lieu de passages plutôt que de verrouillages, ce qui rappelle à quel point l’évolution humaine est affaire ouverte plutôt que fermée.